samedi 18 août 2018

Comment ? Vous n'avez pas tout lu ?

Couverture Animal Lecteur T.03
Histoire de reprendre tranquillement le rythme du blog, parlons à nouveau d'un sujet léger. Après tout, c'est toujours l'été avec son soleil et sa transpiration des aisselles. Hum... Sérieux, ai-je dit ? Mouais. Bref.

Quand vous travaillez en librairie, il faut suivre le rythme des parutions en lisant un maximum de choses. Cela vaut pour les nouveautés, mais également pour le fonds. Être calé sur l'actualité est une chose, mais savoir conseiller sur des séries terminées, entamées et des classiques est tout aussi important.

On peut s'en passer, mais difficile de rester un minimum convaincant si on avoue ne pas connaître Astérix, Blake et Mortimer ou Tintin. Après, ces exemples sont tellement ancrés dans la culture populaire qu'on peut s'en sortir sans les avoir lu. Mais bon, vous voyez l'idée.  

Il est primordial de cultiver sa curiosité quand on est libraire. Il ne faut pas se contenter de son genre de prédilection, ce qui ne sous-entend pas de le mettre de côté. Dans mon cas, je suis devenu passionné par la bande dessinée via le comics. Avec les années, c'est un genre où je suis devenu à l'aise. Pour mon patron, ce n'est pas trop son truc. Il est davantage attiré par la BD franco-belge. Il y a aussi la différence de générations qui joue. Nous n'avons pas été marqué par les mêmes titres. Du coup, nous sommes assez complémentaires.

Nous ne nous reposons pas sur nos lauriers pour autant et nous n'hésitons pas à piocher chacun dans des genres où nous sommes moins à l'aise. Je lis ainsi régulièrement des polars et des BD historiques comme d'autres styles. Pareil pour le grand manitou. Nous n'avons pas les mêmes avis ou le même enthousiasme sur des lectures communes, mais ce n'est pas plus mal. L'objectivité, ça n'existe pas.

Avec tout ça, est-ce que nous avons tout lu ? Évidemment que non. Je sais, ça peut faire un choc et casser le mythe du libraire lisant derrière sa caisse toute la journée. Vous êtes tellement loin de la réalité si vous pensez que c'est le cas. Hormis durant l'été, et encore, nous n'avons tout simplement pas le temps de lire au travail. On enchaîne les albums chez nous tout au long de la semaine. 

Mais vous savez quoi ? Même si nous pouvions trouver le temps de lire au boulot en plus de le faire en dehors, on ne pourrait pas être calé sur tout. Pour rappel, rien qu'en bande dessinée, il y a 5000 nouveautés par an. C'est humainement impossible de tout connaître. 

Par conséquent, il arrive qu'un client demande si on a lu telle nouveauté. Forcément, le hasard étant un drôle de blagueur, il s'agit pile-poil de l'album qu'on n'a pas lu. Par contre, ce qui se trouve sur le reste de l'étagère, c'est le cas. Peu importe, la personne veut notre avis sur ce titre précis. Parfois, elle enchaîne les demandes sur plusieurs albums qu'on n'a pas parcouru. (Ils en ont des problèmes ces libraires, non ?)

Je ne vous cache pas, c'est frustrant au départ. À mes débuts (oula, ça sonne vieux), j'avais l'impression de ne pas être compétent. Heureusement, la confiance vient avec le temps. (Même pour moi !) On relativise et on se rend compte qu'on ne peut pas être partout. Lire de tout, certes, mais en préservant le plaisir de la lecture, ce qui passe par quelques pauses. Il ne faut pas en avoir honte. Le métier de libraire ne se résume pas à la lecture. Il est polyvalent et comporte pas mal de manutention. Ce n'est pas parce que on ne lit pas qu'on ne travaille pas. (Tiens, on dirait un slogan politique.)

Ce que mes quatre premières années dans ce métier m'ont notamment appris, c'est de ne pas hésiter à dire qu'on n'a pas lu tel ou tel ouvrage. C'est gênant au début, mais au fur et à mesure, on parvient à tourner ça à la rigolade, tout en faisant comprendre à la clientèle la masse importante de sorties. Dans la quasi-totalité des cas, les gens comprennent. Pour les autres, ils s'en remettent. Et puis, il y a des astuces pour pallier au manque de temps de lecture. Être à l'écoute des avis de ses confrères et de ses clients est sans doute le meilleur moyen de parvenir à conseiller un minimum. 

Pour finir, j'espère ne jamais dire un jour que j'ai tout lu. Ça signifierait l'absence de surprises à l'ouverture de cartons. Savoir qu'il y a une richesse quasiment inépuisable en BD est un carburant quotidien à la boutique. C'est ce qui me donne la gnaque de continuer ce boulot pour faire de belles découvertes que j'aurai plaisir à partager, et ce, même si je dois parfois dire que je n'ai lu certaines parutions. Ce n'est pas grave.

samedi 11 août 2018

Sinon, vous restez ouvert cet été ?

Après trois semaines en Nouvelle-Zélande, l'heure de la reprise a sonné. Je ne vous cache pas qu'il y a pire que de reprendre le boulot en août. En librairie, c'est simple, c'est quasiment le calme plat entre juillet et août niveau sorties. Pour ce qui de la bande dessinée, la pause estivale démarre après la semaine de la Japan Expo début juillet, où nous recevons un dernier gros arrivage de mangas. Ensuite, il ne faut pas compter avant la mi-août au moins pour revoir débarquer des nouveautés.

Soyons franc, ce calme fait du bien, même si tous les clients ne sont pas forcément ravis. De toute manière, difficile de satisfaire tout le monde. Quand il y a trop de sorties, ça se plaint de ne pas pouvoir tout suivre, et quand il n'y pas de nouveaux albums, ça se plaint de ne rien avoir à se mettre sous la dent. 

C'est faux. La période des vacances d'été est justement idéale pour s'attarder sur des nouveautés que l'on n'a pas pu suivre à cause du rythme effréné des éditeurs. La clientèle est plus prompte à s'attarder sur des choses qu'elle ne voit pas forcément d’ordinaire. De plus, c'est le bon moment pour poursuivre ses suites de séries en toute tranquillité.

Illustration tirée de la couverture du journal Spirou N°3931.

De l'autre côté de la caisse, on ne va pas se mentir, cela nous permet de réaliser un bon chiffre en cette période. Elle reste quand même la plus calme de l'année, mais ce serait dommage d'être fermé. Quand mon cher big boss était seul, c'était le cas pendant environ un mois. Après tout, ce n'est qu'un homme, et ce, même s'il était parfois appelé Superman par des confrères. (Il a le triomphe modeste.) Plus sérieusement, c'est normal de se prendre une poignée de semaines pour se reposer.

Depuis que nous sommes deux, c'est plus simple de ce côté-là. Je pars en juillet, tandis que le chef part en août. C'est équitable, et tout le monde est content. La boutique tourne ainsi toute l'année, ce qui apporte un gain financier non négligeable au magasin. 

Et puis, même s'il n'y a aucune réception ou presque de nouveautés, il reste de quoi faire, à commencer par les réassorts, qui arrivent chaque jour. Il faut bien renouveler le stock au fur et à mesure du flux de clients. Ce que j'aime aussi durant cette période, c'est réorganiser la boutique. C'est tout bête, mais le fait de bouger certaines choses peut déclencher des ventes. Dernièrement, j'ai réagencé l'espace des nouveautés manga en enlevant la table que nous avions mis pour accueillir le surplus de sorties dû à la Japan Expo. Des bouquins présents sur table depuis presque un mois se sont ainsi vendus. C'est magique.

Sinon, j'ai le temps de flâner entre deux vagues de clients. J'en profite pour lire un peu en boutique, ce qui est l'une des rares fois dans l'année. Le calme tout relatif me permet également d'écrire. J'ai donc pu pondre cet article de reprise. (Ne me jugez pas. Je bosse quand même !) 

Tiens. Ça me rappelle quand Christophe m'avait demandé de le remplacer durant l'été peu de temps après mon stage. Ma première expérience sans filet, car il partait à l'autre bout du monde. Comme vous pouvez vous en douter, j'étais stressé. Ajoutez à cela que je devais poursuivre la rédaction de mon mémoire de fin d'études en parallèle. Mais bon, au final, ce fut bénéfique. D'ailleurs, ce mois-ci, je vais fêter mes quatre ans en tant que libraire. Ça me filerait presque la larme à l’œil.

mercredi 4 juillet 2018

Bonjour, vous faites des soldes ?

Non. Pas dans le livre.

...

Ah bon ?

Développons un peu. Cette question, on me la pose rarement. Peut-être une à deux fois en période de soldes. À chaque fois, j'en profite pour parler un peu du prix unique du livre, une loi datant de 1981, mais qui reste pourtant méconnue du grand public.


En France, le prix est fixé par les éditeurs. Par conséquent, peu importe où vous achetez un livre neuf, le prix restera le même. La seule marche de manœuvre que l'on peut avoir, c'est une remise maximum de 5%. Contrairement à ce que certains peuvent penser, elle n'est pas un dû. Le libraire n'a aucune obligation légale de la faire. S'il souhaite l'appliquer, il est libre de la façon de procéder. Des magasins l'appliquent directement, d'autres en fonction d'un nombre de passages ou encore d'un montant accumulé, etc. Cette remise est donc relativement libre et est la même pour tout le monde.

Comment ? Les professeurs ? Ah oui, la fameuse remise enseignant. Elle n'existe pas. Je sais, ça peut faire un choc, mais il s'agit d'une simple idée reçue. Les profs sont des gens comme les autres. À ce titre, ils ont droit à la même remise maximale de 5%. La seule différence notable, c'est lorsqu'ils passent des commandes pour les bibliothèques d'écoles (hors livres de prix, coopératives et associations) et non à titre personnel. Dans ce cas, la remise est fixée à 9%, tout comme pour les bibliothèques et autres collectivités. 

Mais quid du livre d'occasion ? Là, c'est un autre sujet, et il est possible de faire le prix que l'on souhaite à condition de ne pas vendre à perte. En librairie, pour qu'un livre soit considéré comme de l'occasion, il doit être paru depuis plus de deux ans et être en stock depuis plus de six mois. Cependant, avec la faculté de retour possible avec le livre, l'intérêt pour un libraire de faire des soldes est minime. S'il ne vend pas un ouvrage, il peut le retourner et être recrédité par l'éditeur une fois le coût de transport retiré. De ce fait, si un libraire ne fait que du neuf, il gagnera davantage à renvoyer ses invendus que de faire des soldes. La vraie utilité de solder (en dehors des boutiques d'occasion), c'est lorsqu'un ouvrage est en arrêt de commercialisation et que la date de retour est dépassée.

Maintenant que ce court article est terminé, je me permets de vous souhaiter de bonnes vacances. Pour ma part, je m'apprête à partir ce jeudi en Nouvelle-Zélande pour un périple de trois semaines. Le blog sera donc inactif durant toute cette période. Il y aura peut-être quelques photos et/ou messages sur la page Facebook. Si vous souhaitez quand même continuer de me lire en attendant le retour des notes, sachez que je tiendrai un blog tout au long de mon voyage. Pour ce faire, rendez-vous à l'adresse suivante, où vous trouverez aussi les étapes de mon périple au Canada en 2017 : lesescapadesdupetitlibraire.blogspot.com. Soyez sages. Bisou.

lundi 18 juin 2018

Première bourse aux livres : check !

Avec 5000 nouveautés par an, l'acheteur régulier de bandes dessinées se retrouve tôt ou tard confronté à un manque de place. Il finit par se concentrer sur le suivi de ses séries, moins acheter et ne plus trop se lancer dans des titres dont il n'a aucune idée du nombre total de tomes. Les éditeurs ont clairement compris ce dernier point, ce qui se traduit par la précision de la tomaison finale sur de plus en plus de nouvelles sorties. Malheureusement, concernant le problème de place, ça ne résout pas grand-chose.

À la librairie, on se rend compte que des lecteurs réguliers hésitent à acheter à cause du manque de rangement chez eux. La plupart ont des séries qu'ils ne souhaitent plus poursuivre pour diverses raisons (annulation de la parution, lassitude, etc). Il y a aussi l'évolution des goûts, qui fait qu'une BD qu'on a aimé par le passé peut finir par ne plus susciter l'envie de l'avoir nécessairement dans nos étagères. Des clients cherchent ainsi à se débarrasser de certaines de leurs acquisitions pour avoir un gain d'espace, mais beaucoup ne savent pas trop comment s'y prendre.

Il y a Internet, mais c'est souvent assez fastidieux et chronophage. Il faut être présent sur plusieurs sites, renouveler les annonces ou je ne sais quoi pour espérer vendre. Ajoutez à cela des frais de port ou encore les commissions de sites de vente pour décourager la plupart des vendeurs en herbe.

Depuis pas mal de temps déjà, le big boss a une idée pour tenter d'aider notre clientèle à régler ce problème : une bourse aux livres. Le but n'est pas de nous lancer dans le marché de l'occasion. Comme le chef le dit si bien, c'est pratiquement un métier à part avec ses propres modes de fonctionnement. D'ailleurs, des confrères qui en font ont souvent un espace clairement délimité et consacré à l'occasion. Il y en a même qui possèdent un local dédié. De notre côté, ce n'est clairement pas notre envie. Néanmoins, permettre à nos clients d'en vendre ponctuellement est une idée qui a fait son bout de chemin jusqu'à germer cette année.


Pour nous aider dans cette tâche, Tony du salon de la BD et du livre de Fort-Mardyck nous a aiguillé sur par mal de points grâce à son expérience. Il nous a notamment permis d'obtenir un auteur en dédicace pour l'événement, à savoir Didier Pagot pour son dernier album, Le sentier de la guerre, chez Glénat.


En amont, nous avons sondé nos clients pour prendre un peu la température. Les résultats furent très encourageants pour se lancer. L'objectif était de réaliser la première édition de cette bourse le même jour que la fête de la Rue de la Soif. Si vous ne connaissez pas Dunkerque, cette rue, qui s'appelle officiellement Rue de l'Amiral Ronarc'h, abrite pas mal de bars et de restaurants. Presque chaque année, l'association des commerçants de cette rue réalise une fête avec de la musique à l'approche de l'été. Cette année fut celle des 10 ans, et elle a voulu marquer le coup avec une bourse vintage durant la journée du 9 juin. On s'est donc en quelque sorte allié à eux pour profiter de l’engouement.


Une fois la date calée, les inscriptions ont pu débuter. Pour une première fois, nous avons tablé sur une trentaine de places, qui furent réservées rapidement. À trois euros l'emplacement, le risque était minime pour les vendeurs en herbe. De plus, la mairie de Dunkerque est parvenue à nous fournir des tables. Il ne manquait plus qu'aux vendeurs de ramener des chaises et leurs livres.

L'installation débuta le samedi 9 juin à partir de 8H. Je suis personnellement arrivé à 7h45, et Christophe avait déjà pratiquement installé la moitié des emplacements. Parallèlement à cette installation, les vendeurs sont arrivés progressivement, ce qui a permis une mise en place dans les meilleures conditions. L'ambiance était déjà au beau fixe.

Bon, allez, il y a eu un petit couac. On a beau tout faire pour tout se passe parfaitement, il y a forcément quelqu'un pour râler. Dans le cas présent, ce fut l'une des habitantes de l'immeuble où se trouve la librairie. Cette charmante dame n'appréciait guère qu'on installe des tables sur son trottoir et prétextait qu'on bloquait l'entrée. Loin de moi l'envie d'être méchant, mais certaines personnes n'ont clairement rien de mieux à foutre que de faire chier les autres. Les trottoirs étant très larges, il y avait évidemment suffisamment de place pour ne pas gêner l'entrée du bâtiment. Enfin bref, elle a râlé un petit coup et elle est retournée à ses préoccupations. Elle me rappela un peu le couple de petits vieux dans le Muppet Show. (Oups, pardon, j'avais dit que je ne serai pas méchant.)

Mon trottoir ! Scrogneugneu !

Après deux-trois passages pour servir du café, du jus d'orange et des viennoiseries, la bourse fut pleinement lancée. Même si le ciel était plutôt gris, il n'y a pas eu de pluie. Le public a pu être assez présent pour cette première édition. Jour de marché oblige, le monde a vraiment commencé à arriver en fin de matinée. Le nombre conséquent d'animations en ville a sans doute aussi freiné la fréquentation. Cependant, de l'aveu de quelques vendeurs habitués à ce type de bourse, l'affluence fut très correcte pour une première édition.

Nous avons des choses à améliorer et nous devrions sous peu envoyer un mail pour recueillir l'avis des vendeurs. Pour les prochaines fois, il faudra peut-être veiller à éviter les journées proposant trop d'événements en ville. De plus, commencer aussi tôt n'est pas forcément nécessaire. Il reste à voir si nous allons réitérer l'expérience dès l'année prochaine. Mine de rien, cela reste une organisation importante à notre échelle. À l'heure actuelle, on partirait davantage à une édition une année sur deux, mais rien n'est fixé dans le marbre.

En tout cas, d'un point de vue personnel, ce fut une belle expérience. J'ai pu faire des petites trouvailles et discuter avec des vendeurs, dont l'un vendait une partie de sa collection de comics VO et VF. Côté magasin, ce fut aussi une journée exceptionnelle. Pour preuve, mon bien aimé big boss avait la banane toute la journée, et comme on dit, un sourire, ça n'a pas de prix. (Enfin, pas trop.)

Ne me jugez pas.

lundi 4 juin 2018

Mon Free Comic Book Day

Après un mois, je prends enfin le temps de cette note pour vous parler d'une journée qui m'a particulièrement tenu à cœur ces dernières semaines, à savoir celle du Free Comic Book Day France du 5 mai dernier. (Mieux vaut tard que jamais comme on dit, non ?)

Avant d'aller plus loin, petit résumé rapide de ce qu'est cette drôle de bête-là. Le Free Comic Book Day (ou FCBD pour les intimes) est un événement où les éditeurs de BD américaines offrent des comics à leurs lecteurs. Créé en 2002 aux États-Unis, il s'agit d'une fête particulièrement appréciée par les fans, qui se ruent en masse dans les librairies. Pour fidéliser encore plus, il faut préciser que cela se passe toujours le premier samedi du mois de mai, et que les maisons d'édition en profitent pour préparer l'arrivée de leurs nouvelles séries et/ou crossovers. Bref, c'est un bon coup de com' pour les éditeurs, et une belle occasion de célébrer un média très apprécié outre-Atlantique. En France, une version française existe depuis 2014 initiée par l'association BDCineGoodies et la librairie Comics Zone. Il s'agit du même principe, mais avec des éditeurs français. (Coucou Captain Obvious.)


Chez Aventures BD, on y participe depuis la première édition française. Ne vendant pas de VO (notamment à cause du manque de demandes et des soucis d'import), nous ne recevons pas les versions anglaises du FCBD. Quoi qu'il en soit, il y a déjà de quoi faire avec la sélection VF. Néanmoins, je ne vous cache pas que jusqu'à présent ça n'a jamais vraiment pris à la boutique. On restait toujours avec un stock à la fin de la journée. Certes, on les donnait aux clients les jours suivants, mais l'intérêt n'était plus là. Ce qu'il faut aussi savoir, c'est que les librairies participantes au Free Comic Book Day payent les fascicules qu'ils offrent. Ça ne coûte que quelques centimes par numéro, mais s'il n'y a pas de réel engouement, il n'y a pas de raison d'en prendre des tonnes. Du coup, on réduisait d'années en années nos commandes. 

Je vais être honnête, ça me faisait particulièrement chier. Pas le fait de réduire les commandes, car c'est une décision logique compte tenu de l'emballement relatif de notre clientèle pour cet événement. De plus, nous n'avons pas énormément cette tradition du fascicule comics en France. Il en sort tous les mois dans les presses, mais nos versions contiennent l'équivalent de 5 à 6 numéros américains d'une vingtaine de pages. Par conséquent, recevoir une revue assez fine donne davantage l'impression d'avoir une publicité gratuite. En un sens, c'est effectivement de la pub à peine dissimulée, mais cet aspect de trop peu est une habitude aux États-Unis depuis la création des comics (et je ne vous parle pas du nombre d'encarts publicitaires qu'il y a en plus dans les facicules VO). Ça peut expliquer le succès encore timide du FCBD France, mais je n'en suis pas convaincu. Bon nombre de comics shop français parviennent à créer un événement si important qu'ils sont obligés de mettre des barrières dans les rues à cause de l'attente générée devant leur devanture. Comics Zone en est le parfait exemple.



Alors oui, ce sont des librairies spécialisées en comics qui drainent des gens ayant l’habitude des fascicules. Or, plus les éditions passaient, et plus j'étais frustré de ne pas parvenir à créer un engouement au magasin. J'ai bien tenté, avec l'accord du big boss, d'organiser une sorte de tombola pour gagner des comics ou encore un concours de cosplay en 2016. Cela a suscité un peu l'intérêt des gens, mais ça restait timide. Je sentais qu'on allait finir par arrêter les frais si ça continuait. Pour cette année, j'ai me suis mis en tête qu'il pouvait s'agir de l'une de nos dernières éditions, et qu'il fallait donc que je me sorte les doigts du cul (ça chatouille un peu) pour réussir à créer un FCBD digne de ce nom à Dunkerque. 

Première chose, pas question d'attendre deux semaines avant d'envoyer les commandes au risque de ne pas avoir tout le moment venu. Ce fut le cas l'année dernière, où le sketchbook fort sympathique de Comics Zone nous est passé sous le nez. Dès la réception de la sélection, les quantités furent passées. Ensuite, je voulais relancer un concours de cosplay (sans le limiter au comics pour attirer plus de monde) et faire un concours photo. Mon adorable chef m'a laissé carte blanche pour l'organisation. Il sait que le comics, c'est mon dada. (Désolé pour cette expression sortie des tréfonds de l'Enfer.) Il en a profité pour suggérer la réalisation de pâtisseries, car il avait appris qu'une librairie offrait des gâteaux Batman lors d'une dédicace de Marini. Une chouette idée confiée aux soins des tenanciers du restaurant Le Local. (Ce sont des amours.)

Batarang ou nounours, choisissez votre camp !

En suivant divers confrères, je sais qu'inviter un ou plusieurs dessinateurs est un plus au Free Comic Book Day (comme beaucoup d'événements en librairie finalement). Du coup, j'ai contacté une vieille connaissance. Il s'agit de Jeff, un très chouette gars (mon ex-big boss en quelque sorte) avec qui j'ai travaillé pas mal de temps sur un site d'actualité comics : Cable's Chronicles. Depuis, il a lancé une maison d'édition, Northstar Comics, et organise régulièrement des avant-premières de films de super-héros avec des illustrateurs de la région. Je lui ai demandé s'il pouvait me mettre en contact avec des dessinateurs qu'ils connaissaient. On est fin janvier à ce moment-là. (Oui, cette fois, j'ai décidé de préparer les choses en amont.) Ça tombe bien, puisque Jeff a une mémoire de poisson rouge et avait complétement zappé ma demande quand je l'ai recontacté mi-avril. (Je l'aime quand même.) Pendant ce temps, j'ai débuté la communication de l’événement avec des affiches en magasin, des flyers, des posts Facebook et messages hebdomadaires via notre newsletter. Trois semaines de publicités pour faire connaître l'événement. On est plutôt bien niveau préparation, même si je commence à me dire qu'il serait dommage de n'avoir aucun dessinateur. Heureusement, ce bon Jeff finit par m'annoncer avoir dégoté quelqu'un de potentiellement intéressé. Il s'appelle Grégory Watine, illustrateur storyboarder lillois, qui a l'habitude des soirées de Jeff. Après une prise de contact et l’accord du chef, on se met d'accord avec Grégory pour l’accueillir. Venant de Lille, il ne devrait pas avoir de mal à venir en train (qu'on lui rembourse) en dépit des gréves.


Bref, j'ai à peine plus d'une semaine pour matraquer encore davantage la com' en annonçant la présence d'un artiste pour des dessins offerts sur simple demande. C'est donc reparti pour des posts Facebook, newsletters et même une vidéo sur la chaîne Youtube. Je pense être au maximum dans le temps imparti, et il ne reste plus qu'à attendre le 5 mai. Parallèlement, je reçois des participations au concours photo et des gens me disent être intéressés par le cosplay. (J'y crois.)



Le jour J, je vais chercher Grégory à la gare. Il arrive à l'heure, et on a le temps de sympathiser sur la route. Installé à sa table, on ouvre les portes à 9h55, et il y a déjà des personnes qui attendent. Je me dis que c'est peut-être bien parti, mais je ne m'attendais pas à un tel raz-de-marée. Pour faire court, aux alentours de 13H, nous n'avions plus un seul comics à distribuer. Nous avions pourtant limité à cinq comics offerts par personne sauf pour les cosplayeurs. Dans ce cas, la personne déguisée repartait avec toute la sélection. Nous avons eu une bonne dizaine de cosplays, dont certains n'ont même pas pu tout avoir à cause de l'influence. On a eu beau limiter davantage le nombre de fascicules au fur et à mesure des ruptures, cela n'a pas suffit à tenir plus d'une matinée. Une première victoire en somme. (Je suis déjà ravi.)

Mais ce ne fut pas le vrai succès de ce FCBD selon moi. Non, là où tout se passait, c'était du côté de Grégory Watine, qui a attiré un monde assez incroyable tout au long de la journée. Les gens faisaient la queue de sa table jusqu'à ma caisse située à côté de l'entrée. Pourtant, Grégory n'a pas encore sorti de BD à ce jour. Comme il a pu nous le dire lors du déjeuner, il n'est encore personne dans le milieu du neuvième art. Peu importe, les gens souhaitaient un dessin de sa part, discuter avec lui et découvrir son travail. 

Avec un peu de recul, la raison de ce bel engouement en dehors du talent de Grégory, c'est qu'il réalisait ce qu'on appelle des free sketchs. C'est une pratique courante chez les auteurs anglophones. Sur simple demande, l'artiste réalise le personnage de notre choix. L'avantage pour le lecteur, c'est qu'il ne se sent pas obligé d’acheter le dernier album de l'artiste, qui peut ne pas lui plaire, pour avoir une dédicace. Ensuite, on peut demander ce que l'on veut à condition que le dessinateur puisse avoir un visuel des personnages demandés. Grégory a ainsi dessiné des personnages de Marvel, DC, manga, Star Wars ou encore des fusions improbables comme un Crâne rouge en général Grievous. Passer toute une journée à dédicacer son dernier album est déjà un travail épuisant pour un auteur même s'il a l'habitude de dessiner ses créations. Avec le free sketch, la difficulté passe un cran au-dessus, car il faut être capable de répondre à de multiples demandes, ce qui a amené Grégory à dessiner de nombreux personnages pour la première fois. Et quand il s'agissait de personnages dont il avait l'habitude tels que Batman, il s'efforçait de trouver une nouvelle façon de le faire. En une journée, il a ainsi réalisé une bonne trentaine de dessins tous différents que ce soit dans le sujet ou le style. Je lui tire mon chapeau. Une immense merci à lui pour sa présence, sa gentillesse, et ma dédicace personnalisée, qui m'a pas mal touché. Je lui souhaite de réussir et j'espère de tout cœur le recevoir à nouveau pour le Free Comic Book Day.

Pour voir les autres dédicaces, cliquez ici.

Vous l'aurez compris, cette journée fut au top à bien des niveaux. Une influence sans précédent pour le FCBD, des comics épuisés en trois heures à peine, des gâteaux très appréciés par la clientèle (et mon estomac), un illustrateur n'ayant jamais réalisé une journée aussi riche en dédicaces, des cosplayeurs talentueux et adorables, des participations fort sympathiques pour le concours photo, de chouettes discussions, de l'argent à foison (Picsou Power !), et un petit libraire aux anges. Je suis assez fier d'avoir réussi à mener cet événement presque comme un grand malgré de légers couacs (manque de comics offerts ou encore refus de quelques personnes pour les dédicaces à cause du monde et des impératifs d'horaires).

Oui, c'est moi le ranger vert.

Je compte redoubler d'efforts pour l'édition 2019 avec, je l'espère, la présence de deux illustrateurs pour fluidifier la file d'attente ou encore des activités conjointes (concours de dessin par exemple) avec La mare aux diables pour attirer davantage d'enfants. Car, à nouveau, j'ai un petit cœur, et quand je vois un p'tit gars heureux et le sourire aux lèvres avec son dessin de Thanos, je me dis que j'ai réussi mon coup.

C'était le pied ce Free Comic Book Day !

vendredi 25 mai 2018

Mais pourquoi j'ai commandé ça ?!

Être libraire, c'est parfois expérimenter le voyage dans le temps. Je vous arrête tout de suite, il n'y a ni scientifique à la chevelure ébouriffée, ni DeLorean. On connaît juste les nouveautés, qui arriveront dans les mois à venir. (C'est déjà pas mal.)

Tous les deux ou trois mois environ, il y a un représentant de passage à la librairie. Pour la faire courte (car j'en parlerai plus tard), cette personne représente une poignée d'éditeurs et nous déroule leur programme pour les mois à venir. À partir des informations données par les maisons d’édition, des dires du représentant et de nos ressentis, nous prenons des quantités par bouquin que l'on recevra des mois après.

Entre-temps, d'autres représentants arrivent, et plein de choses se passent à la boutique. Du coup, il faut avouer qu'en dehors de sorties importantes et d'attentes personnelles, on a tendance à zapper ce qui va nous parvenir dans les cartons. (On ne s'excuse même pas.) De toute façon, c'est impossible de se souvenir d'environ 5000 nouveautés par an. (Je suis déjà infoutu de me rappeler du nom des clients qui passent régulièrement. Alors, une BD qui sort dans trois mois.)

D'un côté, c'est une bonne chose, car on garde la surprise quand on ouvre les colis. (Oui, c'est un peu Noël tous les jours en librairie.) Le souci, c'est qu'on a parfois la mauvaise surprise de recevoir des bouquins d'une qualité toute relative (et je pèse mes mots). 

J'ai un profond respect pour le travail des auteurs de bandes dessinées. Je trouve cela presque magique de réussir à concevoir tout un univers à partir d'une simple feuille blanche. Mais il faut arrêter d'être aveugle et se rendre compte que des ouvrages ne devraient pas être publiés. (Je sais, je suis méchant. Ça m'arrive.) De toute façon, avec la production actuelle, il faut faire un tri tôt ou tard. C'est nécessaire pour éviter de se retrouver avec une librairie s'apparentant davantage à un vulgaire entrepôt. De plus, à terme, ce n'est rendre service à personne de tout accepter. Tout ne pourra pas se vendre.

Illustration tirée de la BD Animal Lecteur par Libon et Sergio Salma.

Malheureusement, même en tâchant d'être prudent et en n'hésitant pas à faire l'impasse totale sur des titres, il arrive qu'on fasse de légers impairs. Récemment, nous avons reçu la BD de Jeff Panacloc, un célèbre ventriloque. Je n'ai rien contre lui, et les auteurs n'ont pas à avoir honte de leur boulot sur cet ouvrage. De ce que j'ai pu feuilleter, cela reste un album humoristique classique comme il y en a déjà trop. Mais ce type d'ouvrage ne se vend pas chez nous sauf à de très rares exceptions. Là, on en a reçu cinq exemplaires. Ce n'est pas la mort cinq exemplaires, mais ça nous bouffe déjà un peu de place sur un présentoir de nouveautés assez chargé. Après vérification, il s'est avéré que c'est bibi qui avait noté ces quantités. (Mais qu'est-ce que j'ai foutu ce jour-là ?!) J'avoue que je ne comprends pas. Au pire, j'en aurais pris deux. Pour me donner bonne conscience, je me suis aperçu que l'artiste allait faire un spectacle au Kursaal de Dunkerque en... janvier 2019. (Ok, je n'ai vraiment pas d'excuse.) D'ici là, la BD aura été retournée depuis longtemps. C'est un peu triste... ou peut-être pas.

mardi 22 mai 2018

Moutame Power !

Bon, bon, bon... Alors, ça lance en grande pompe un blog sur son quotidien en librairie. C'est joli tout ça. Mais ça fait combien de temps que le dernier billet a été écrit ? Comment ? Presque deux mois ?! Ah oui, quand même. Ça commence bien cette histoire.

Je n'ai pas vraiment d'excuses pour ce silence. D'ailleurs, en ai-je à donner ? Non. Tout le monde s'en fout, je pense. Le plus important, c'est que je suis décidé à prendre un certain rythme depuis le début. C'est juste plus compliqué que prévu. Certes, j'ai été occupé dernièrement, mais j'avais le temps d'écrire. C'est ce que j'ai fait. Trois notes sont quasiment finies. Or, comme j'essaie de coller le plus possible à l'actualité de mon boulot, j'ai tendance à commencer un nouvel article avant de publier le précédent. Et vous savez quoi ? J'en décale encore un pour publier ce que je vous écris ici.

Bref. Reprenons tranquillement. Dernièrement, j'ai passé le cap des 30 ans. Je sais, ça ne concerne pas directement mon métier. En fait, si, en un sens. J'ai fêté mes 30 ans et je célébrerai aussi mes 4 ans en tant que libraire au mois d'août prochain. C'est assez con de dire ça, mais ça me fait un petit quelque chose. Je ne suis plus un enfant ou un libraire débutant. Ce n'est pas pour autant que je dirais que j'ai déjà tout vu. C'est mal me connaître. (Ma piètre estime de moi-même en est un bon exemple.). Je considère qu'on est continuellement en apprentissage de quelque chose dans la vie. J'ai toujours dis, le jour où je serais blasé de recevoir des nouveautés à la librairie, il sera temps pour moi d'arrêter les frais. C'est loin d'être le cas, et j'espère que ça n'arrivera jamais.

Plus le temps passe, et plus je me sens en confiance à la boutique. Il faut dire que le big boss me facilite quotidiennement les choses. Vous en connaissez beaucoup des patrons qui vous laissent une liberté quasi-totale lors de votre premier jour de stage ? Quand j'y réfléchis, je reste étonné de la confiance qu'il a eu à mon égard dès les premiers jours. Mais arrêtons de faire de la lèche. (Ça risque de se voir.)

Peu à peu, je me suis senti suffisamment à l'aise pour mettre en avant ma personnalité. Cette assurance se ressent à travers le surnom du petit libraire que je me suis donné il y a quelques temps déjà. C'est drôle de constater le nombre de gens qui aiment suivre les péripéties de ce personnage qui n'en est pas un. (Oui, j'ai vraiment un humour de merde.) Forcément, ça a permis de développer des amitiés avec certaines personnes. Voilà ce que j'aime avec le commerce : développer des liens avec les gens.

À ce propos, Chloé, une cliente devenue une amie, qui nous a aidé plusieurs fois pendant la fin de l'année, m'a offert une aquarelle pour mon anniversaire. C'est ce dessin qui m'a donné envie d'écrire cette note. C'est peut-être bête, mais cette création canalise tout ce qui me représente.

Les moutames domineront le monde !

J'ai su garder mon âme d'enfant (et j'en suis fier). De plus, je suis déterminé à partager mes délires et ma passion de la BD à travers un métier qui ne cesse pas de me faire grandir à bien des niveaux. Quand je vois les sourires d'enfants heureux des lectures que j'ai pu leur partager, des adultes rigolant de mes bêtises et appréciant mes conseils, je me dis que je dois faire plutôt correctement mon travail. (Ne serait-ce pas un peu de confiance en soi que je perçois là ?)

Voilà. C'est tout ce que j'avais dire. Rien de très construit ou d'intéressant au final. Juste une petite réflexion suite au cap des 30 ans. C'est probablement ça qu'on appelle la maturité. Comment ? C'est quoi ce titre ? C'est quoi un moutame ? C'est simplement la fusion parfaite entre un mouton et un hippopotame ! (On repassera pour la maturité.) Un jour, je vous expliquerai.